Editorial : les calottes sont cuites

Tout a commencé par un changement de réglementation en 2005. Au lieu de contrôler la concentration en carbone de l’acier uniquement dans les parties les plus sollicitées, il fallait désormais faire des contrôles en d’autres points, dont le centre des calottes de cuve de réacteur ou de générateurs de vapeur. Areva, le fabricant, et EdF, le client, étaient tellement sûrs d’eux qu’ils n’ont pas jugé utile d’effectuer les contrôles supplémentaires avant d’installer la cuve de l’EPR à Flamanville, malgré les mises en garde de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

Il a fallu insister pour que les contrôles soient faits et là, mauvaise surprise, le taux de carbone est trop élevé. Cela change la résistance de l’acier, le rendant plus vulnérable aux chocs physiques et thermiques.

L’affaire est grave car la sûreté nucléaire exclut l’hypothèse d’une défaillance de la cuve qui doit donc être suffisamment robuste en toutes circonstances. Il n’y a pas de cuve de secours. Et les deux EPR chinois sont aussi concernés.

C’est la forge du Creusot, propriété d’Areva qui a forgé les pièces incriminées. Qu’en est-il des autres pièces produites ? A la demande des autorités, EdF est allée contrôler ses générateurs de vapeur, dont la défaillance est aussi exclue. Et là, nouvelle surprise, il y avait aussi trop de carbone sur certaines calottes. Le taux est même plus élevé pour celles fabriquées au Japon. Tous les forgerons sont-ils concernés ? Le scandale français prend une dimension mondiale.

L’ASN a demandé l’arrêt des réacteurs concernés en attendant les investigations complémentaires. EdF se veut rassurante, comme à l’accoutumée, et a réussi à convaincre les autorités de remettre en route certains réacteurs à la condition que la remise en service soit plus lente pour que les variations de température soient plus douces : un jour supplémentaire est requis pour la montée en puissance et un autre pour l’arrêt. Attention, fragile !

De même, l’EPR, fleuron de la technologie nucléaire française, risque d’être aussi bridé s’il est autorisé à démarrer. Mais bon, EdF prévoit toujours sa mise en service dans deux ans… depuis 2012 !

Les investigations de l’ASN ne se sont pas arrêtées là. En fouillant dans les documents de la forge du Creusot, elle s’est rendue compte qu’il y avait des chiffres qui clochaient. Les données des archives internes ne correspondaient pas aux données reçues. Un générateur de vapeur de Fessenheim 2 a même perdu son « certificat d’épreuve » ce qui empêche tout redémarrage. L’ASN a saisi la justice devant ce qui s’apparente à de la falsification. Cette dernière découverte a ébranlé les autorités et c’est tout le contrôle qui est à revoir. En plus de contrôler les dossiers techniques, il faut vérifier leur sincérité. La réforme va prendre du temps. En attendant, d’autres surprises pourraient surgir.

Malgré cette crise sans précédent, EdF et Areva n’ont rien à dire : aucun document technique sur leurs sites Internet, que quelques communiqués lénifiants.

En Belgique, suite à la découverte de défauts dans l’acier des cuves des réacteurs nucléaires, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, a mis en ligne une page spéciale avec

  • ses propres avis et les rapports qui sous-tendent sa décision ;
  • les dossiers de justification d’Electrabel, l’exploitant ;
  • les analyses indépendantes du Service de Contrôle Physique d’Electrabel.

En France, EDF et Areva refusent de rendre publics leurs documents techniques.

L’ACRO demande donc une plus grande transparence avec la publication de tous les documents relatifs à cette affaire. Elle exercera une grande vigilance.